- 9 jan.
“Je crois que le porno est en train de détruire mon couple.”
- Delaunay
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C’est par cette phrase qu’un homme de 29 ans a commencé sa consultation.
Il vient parce que son couple va mal. Parce que sa compagne ne supporte plus sa consommation de pornographie. Parce que leurs rapports à deux sont devenus rares, insatisfaisants, tendus. Parce qu’ils ont tous les deux le sentiment de s’être « trompés quelque part ».
Lui se masturbe exclusivement avec du contenu vidéo. Elle se sent en concurrence, insuffisante, mise à l’écart. Et ensemble, ils n’arrivent plus à se rencontrer vraiment dans l’intime.
Ce que cette situation met en lumière:
En creusant, ce n’est pas “le porno” en soi qui pose problème,
mais ce qu’il a progressivement façonné :
- un imaginaire sexuel pauvre, dépendant de l’image
- une difficulté à fantasmer sans écran
- une incapacité à se masturber sans support vidéo
- une sexualité de couple décalée, frustrante pour les deux partenaires
Chez beaucoup d’hommes jeunes, biberonnés très tôt à la pornographie, le fantasme n’est plus une création intérieure.
Il devient une consommation extérieure.
Autre point central : le script sexuel.
Très souvent, la sexualité est pensée et vécue selon un schéma rigide :
préliminaires → pénétration → orgasme
Un scénario appris, reproduit, rarement interrogé. Parfois accompagné de pratiques non pas désirées, mais intégrées parce qu’identifiées comme faisant partie d’une sexualité « normale ».
Résultat :
• peu d’écoute des sensations
• peu d’adaptation à l’autre
• beaucoup de pression
• et une insatisfaction persistante
Ce que nous travaillons en consultation
Avec ce patient, comme avec beaucoup d’autres, le travail consiste à :
• redéfinir ce qu’est un fantasme (et ce qu’il n’est pas)
• décorréler progressivement masturbation et pornographie
(via l’imaginaire, la lecture érotique, les formats audio, le ressenti corporel)
• déconstruire le script sexuel pour remettre du vivant, du choix, du désir
• rappeler que les préliminaires sont déjà de la sexualité
• et revenir à des bases simples d’anatomie et de physiologie
- Le clitoris ne se « pénètre » pas 😂
- La majorité du plaisir féminin ne passe pas par la pénétration vaginale.
Ces rappels, pourtant fondamentaux, sont encore largement méconnus.
Se réapproprier sa sexualité
La sexualité n’est pas une performance à reproduire ni un scénario à suivre. C’est une expérience intime, évolutive, singulière.
Et parfois, le premier pas consiste simplement à oser interroger le script qu’on nous a transmis.
C’est exactement pour cela que la consultation en santé sexuelle existe.
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